Altran : l'hydre condamnée à couper ses têtes

Le fleuron des SSII à la française, en difficulté depuis 2001, cherche à consolider ses activités à l’international dans le domaine du conseil. Mais une forte rotation du personnel et des dirigeants le pénalise.   (04/01/2007)
 
Avec 669 millions d'euros de chiffre d'affaires réalisés en 2005 dans les services informatiques, Altran se classe à la 6e place des SSII en France selon le cabinet d'analyse Pierre Audoin Consultants. L'entreprise n'est dépassée chez ses concurrents français que par Atos Origin et Capgemini (Unilog ayant été racheté par LogicaCMG).

A la manière d'un Capgemini, Altran s'est spécialisé dans les métiers du conseil, autour de 3 grands axes : le conseil en technologies et innovation, le conseil en organisation et système d'information, et le conseil en stratégie et management. Sur les technologies, Altran reste généraliste en touchant à des domaines aussi divers que la mobilité, le réseau, les télécoms ou les applications métiers.

Et pourtant, malgré sa stature, l'entreprise reste très fragile à plusieurs niveaux. Tout d'abord financièrement, où elle lutte pour maintenir l'équilibre depuis 2001. Partant de -109,3 millions d'euros en 2002, la société a tout juste atteint l'équilibre en 2004 (17,3 millions d'euros de bénéfices) avant que le soufflé ne retombe en 2005 (0,2 million d'euros de bénéfices).

Dans le même temps, le groupe cherche à réguler une dette importante. De 2001 à 2002, celle-ci passe de 271 millions à 435 millions d'euros, avant de retomber peu à peu à 314 millions d'euros aujourd'hui. Elle pèse encore plusieurs dizaines de millions d'euros en intérêts, plombant le résultat net de l'entreprise.

L'activité de l'entreprise reste par ailleurs en deçà de l'évolution du marché des services informatiques. Son chiffre d'affaires n'a progressé que de 1,1% entre son exercice fiscal 2004 et 2005, pour atteindre 1,43 milliard d'euros, alors que la moyenne du marché se situait entre 6 et 7% selon le Syntec Informatique.

Altran en dessous de la croissance du marché mesurée par le Syntec

Plus problématique, le dernier président du directoire en date, Yves de Chaisemartin, a averti que la marge opérationnelle du groupe au cours du premier semestre fiscal 2006 se situerait dans la fourchette basse des prévisions des analystes, soit entre 6,5 et 7,2%. Alors même que les affaires repartent, Altran risque d'accumuler du retard sur ses concurrents.

La bourse a évidemment sanctionné les écarts du groupe et l'action Altran qui, il y a an valait 12,8 euros, n'est plus estimé qu'à 7,3 euros en janvier 2007. Depuis septembre 2006 et le départ du président Christophe Aulnette, remplacé par Yves de Chaisemartin, le titre a encore perdu 27% de sa valeur. L'ancien président avait abandonné la partie au bout de 18 mois seulement, en raison d'un différend d'ordre personnel. Un départ qui résume l'ambiance délicate qui règne dans la société.

Car une bonne partie du problème d'Altran aujourd'hui vient de ses ressources humaines. Son taux de rotation reste très élevé. En 2002 l'entreprise comptait jusqu'à 17 900 employés contre 16 100 actuellement. Et pour endiguer les départs naturels, Altran mène depuis cette date de vastes de plan de recrutements : 4500 ingénieurs en 2002, 2000 en 2004 et presque autant en 2005.

Le chiffre d'affaires des filiales d'Altran en 2005 hors groupe
(en millions d'euros)
Filiale
CA 2005
Evolution 2004 / 2005
Altran Technologies
119,2
+ 0,4 %
Segime
59,4
- 4,7 %
Altior
52,9
- 1,2 %
CSI
48,9
+ 53,3 %
ASI
40,8
- 4,8 %
Datacep
36,5
+ 0,2 %
RSI
32,9
+ 5,7 %
ALPLOG
31,0
- 4,2 %
Realix
27,6
+ 19,1 %
C.C.I
27,2
+ 1,6 %
Source : Altran, 2006

Pourtant la restructuration de l'entreprise n'est pas finie, au contraire. Fin décembre, la société annonçait la fusion de 26 filiales du groupe appartenant au pôle Technologies et Innovation. Une étape dans le plan global défini jusqu'à 2008, qui a prévu de multiplier les synergies entre les filiales et la maison mère. Cependant, cette mesure affectera 5600 salariés en France, selon le journal "Les Echos".

Si les affaires de fraudes comptables révélées autour de ses anciens dirigeants entre 2002 et 2004 ne l'ont certainement pas avantagé, Altran se trouve également pénalisé par les multiples acquisitions à l'international qu'il a conclu entre 2002 et 2004 (Aktiva, Arthur D. Little, CQ Consulting, ISEAC, USM, ADL…). Sur les 200 filiales que compte le groupe, une dizaine seulement contribue de façon majeure aux résultats de l'entreprise (voir le tableau ci-dessus).

Cette mauvaise passe dont essaie de sortir les dirigeants, attire cependant les investisseurs à la recherche d'une OPA juteuse. Ainsi, en août 2006, les fonds FMR et Fidelity International se sont portés à plus de 5% du capital, avant d'être suivi en novembre par Axa Private Equity. Un indice de l'intérêt des investisseurs, mêmes si le président du directoire a affirmé que son entreprise n'était pas à vendre.

Toutefois, si la SSII ne parvient pas à résorber ses problèmes rapidement, cette déclaration d'intention pourrait devenir lettre morte plus tôt que prévu. Et les effectifs, déjà volatiles, risquent encore une fois de faire les frais d'une nouvelle restructuration.

Yves DROTHIER, JDN Solutions